Démocratie: l’oppression du peuple par le peuple pour le peuple.
Oscar Wilde (1854 – 1900)
Suite aux différents scandales que l’on a pu voir ces dernières années, notamment celle de Findus avec la viande de cheval a provoqué un mouvement des consommateurs à la quête de l’information et de la transparence. Cette quête a bien entendu pris alimentaire de plein fouet mais également les cosmétiques ou encore les jouets venus de Chine à titre d’exemple.
Le terme de « Food democracy » à émergé et les consommateurs se sont alors intéressé aux différentes conditions de production et ont commencé à agir tels que des citoyens dans leurs différents choix quotidiens. Comme l’expliquent Jaffe & Gartler, il y a ce qu’on peut appeler une requalification des consommateurs.
En tant qu’acteur omniprésent de notre époque, le digital est venu jouer son rôle dans ce mouvement « démocratique » et à titre d’exemple on a pu voir émerger en 2017 une application aujourd’hui connu de tous, Yuka. L’application comptabilise aujourd’hui 12 millions d’utilisateurs en Europe et pas moins de 10,5 millions en France.
Yuka est alors arrivé avec comme image un guide ultime dans le monde de la consommation afin de s’y retrouver dans ces multiples étiquettes et leurs contenus parfois indescriptible. Maintenant un vrai compagnon de course, on peut voir nombre de personnes dans un supermarché accompagné de son téléphone à la main en scannant les différents produits.
Les retombées ne sont pas moindres et Yuka peut dans sa quête de guider le consommateur être fier. Selon le dossier de presse Yuka : pas loin de 92% des utilisateurs reposent les produits lorsqu’ils sont rouges dans l’application ; 83% des utilisateurs achètent moins mais de meilleure qualité ; 84% des utilisateurs achètent davantage de produits bruts ou encore 78% davantage de produits biologiques.
On ne peut pas nier l’impact que Yuka a aujourd’hui sur la société et à ce niveau, les industriels sont obligés de réagir tant l’influence que l’application a sur les consommateurs. Yuka dénombre 21 industriels et pas des moindres car on peut citer Nestlé France, Monoprix, Leclerc ou encore Fleury Michon qui ont témoignés que Yuka a impacté la formulation de leurs produits.
Un mouvement a alors été créé et le consommateur s’est enfin senti en tant qu’acteur de sa consommation et on a pu voir d’autres application qui ont émergées sur le marché telles que Kwalito reprenant le même principe mais en s’adaptant aux différents régimes alimentaires (allergies, intolérances, végétarien..) ou encore ScanUp reprenant également le principe de Scan.
Cependant, l’impact de Yuka étant tellement grand sur le consommateur, on vient à se questionner, faut-il avoir une confiance en cette application et effectuer tous ses achats en scannant ? Il y a-t-il des risques ?
Une de mes premières inquiétudes, l’exactitude de leur algorithme séparé en 3 parties: 60 points qualité nutritionnelle, 30 points pour la présence d’additifs et leurs taux de nocivité et enfin 10 points pour le caractère bio ou pas du produit. Ce système de notation repose sur aucune base scientifique et en plus de cela la dangerosité de certains additifs ou conservateurs sont parfois peu connus et Yuka leurs attribue une note avec des supports biais et non réellement scientifiques.
Ma deuxième inquiétude concerne plus l’aspect psychologique et sociétal. Yuka génère un aspect de crainte à travers son système de notation et de couleur, il y a donc un côté anxiogène. Selon moi, au lieu de diaboliser des pratiques il est plus important de les contrôler et pour avoir une réelle emprise sur sa consommation, il faut être dans un premier temps distrait afin de se concentrer sur sa consommation.
Enfin, nous avons parlé de requalification des consommateurs mais une abondance d’information peut paradoxalement mener à une déqualification car un grand nombre d’information est un moyen de sélectionner ce qu’on veut dire et ce qu’on ne veut pas dire.
N’oublions pas que la démocratie a toujours représenté des limites malgré ses bienfaits.